jeudi 2 mai 2019

Hiver 2018-2019

Une fois n’est pas coutume, nous commençons ce blog en vous parlant de vacances ! Nous vous avions quittés sur nos ventes de décembre à Nantes et en région parisienne. Noël est arrivé ensuite bien vite avec la joie des retrouvailles familiales d’un côté et de l’autre, nous faisant voyager un peu en France. En rentrant, il a fallu nous reposer de nos vacances et de l’année entière écoulée ! 

Le mois de janvier est le vrai mois creux des maraîchers. Non que nous ayons hiberné tout le mois, mais nous pouvions effectuer ce que nous avions à faire tranquillement, sans objectif à court terme. Nous avons fait les bilans productifs et financiers de 2018 ainsi que la comptabilité, aidés dans ces taches par le père de Jean-Emmanuel. 
Pour nous, le bilan s’avère mitigé : si le chiffre d’affaire a certes augmenté, le rapport entre la quantité de travail fourni et le bénéfice obtenu est encore très inégal. La question qui se pose est la suivante : ce décalage est-il normal pour une deuxième année de vente d’une ferme encore en période d’investissement, ou bien faut-il repenser certains choix de production, de commercialisation etc… ? Nous pouvons poser la question en d’autres termes : est-on capables de faire plus alors que nous avons eu le sentiment d’être « à fond » ? Plusieurs causes nous semblent expliquer ce résultat et nous donnent tout de même de l’espoir : nous forgeons notre expérience petit à petit ; le terrain, peu fertile à l’origine, est encore en cours d’enrichissement ; une clientèle se fidélise sur plusieurs années ; et beaucoup de notre temps est encore pris par des travaux d’aménagement du terrain qui sont un investissement pour l’avenir. D’autre part, en regardant un peu ce qui se passe chez d’autres maraîchers de notre région, nous nous rendons compte qu’ils sont toujours plus ou moins sur la corde raide, même avec de l’expérience. 

Pour illustrer notre propos, voici entre autre ce que l'on trouve sur internet en cherchant "salaire moyen maraîcher":
Ouest France du 18/12/2015
Le mois de janvier est donc le temps de la réflexion sur les orientations à prendre, tant que nous n’avons pas encore le nez dans le guidon. Pour l’année qui s’ouvre, rien de révolutionnaire, mais quelques perspectives : pour optimiser la production, l’installation de serres "maison" (nous vous en reparlerons dans le blog suivant), la poursuite des étagements sur les buttes, et, pour optimiser la confection des bocaux, le recours plus systématique à des laboratoires de transformation équipés en machines adaptées. 


Avant la reprise véritable du travail dans le jardin, quelques autres taches nous ont occupés. 
La poursuite et l’achèvement de la clôture autour de la grande parcelle et du verger pour protéger les arbres plantés des chevreuils.
Le dressage d’Oseille, reprise en main par Jean-Emmanuel. Depuis qu’elle était arrivée chez nous à la fin du mois d’août, notre jeune chienne était restée à moitié sauvage, laissée la plupart du temps en liberté et exempte de tout exercice, et ce par manque de disponibilité de son maître en cette période très chargée de l’automne, et il faut le dire aussi, par ignorance de la chose canine. Oseille grandissait donc en taille, mais pas en sagesse et, partant de plus en plus loin de la ferme pour de grandes promenades, nous ne savions pas très bien ce qu’elle allait faire. Jusqu’au jour où nous apprîmes que les moutons de nos voisins de la Roussie s’étaient échappés et semaient la zizanie chez les vaches de l’autre ferme voisine…à cause de notre chienne ! Du jour au lendemain, adieu la liberté, place aux exercices de dressage quotidiens pour lui apprendre à obéir à des ordres simples. Nous avons la chance d’avoir près de chez nous un Anglais à la retraite spécialisé dans le dressage des chiens, et des border collie en particulier. Jean-Emmanuel est allé le voir pour obtenir des conseils très précieux. Oseille apprend très rapidement et se montre maintenant docile et obéissante. Quel changement !



Fin janvier et début février, nous avons dit adieu à nos deux cochons (un an d’âge), à trois semaines d’intervalle. C’est traditionnellement la période où l’on tuait le cochon dans les fermes car les travaux extérieurs se ralentissent à ce moment-là et le froid permet de faire attendre la viande dehors entre le vidage et le découpage de la bête, sans avoir nécessairement de chambre froide. Nous nous sommes lancés dans l’aventure - car c’en est une, totalement novices, mais forts de l’aide de gens expérimentés, ou  un peu moins d’ailleurs...
Pour la première étape, la mise à mort (par balle et non par égorgement), la saignée, le raclage des poils et le vidage, nous avons fini, grâce à un ami, par trouver un ancien boucher et chasseur prêt à nous rendre ce service. Tuer un cochon qu’on a élevé pendant de longs mois, c’est bien cruel nous direz-vous… Il paraît qu’autrefois on évitait de donner un nom aux porcs et on commençait à dire vers la fin de leurs jours qu’ils sentaient mauvais, qu’ils étaient agressifs et autres griefs pour les tuer plus facilement ensuite. Pour Jean-Emmanuel, il n’y a pas eu besoin de tout ce rituel car le premier à partir était le mâle, plus rebelle et difficile que sa sœur, qui le faisait tourner en bourrique au point que nous étions soulagés de nous en débarrasser ! Contrairement aux idées reçues qui pourraient traîner, rien de dégoûtant ni de traumatisant dans tout le travail qui entoure la préparation du cochon. Au contraire, nous avons trouvé cela beau et naturel. 
Voici les principales étapes en photos. Un grand merci à tous ceux qui nous ont aidés à préparer ces deux cochons, cette entraide fait aussi partie de la joie de « tuer le cochon ». Et cette joie se prolonge et se partage chaque fois que nous dégustons une pièce de viande, un pâté, une terrine ou bientôt le jambon qui sèche gentiment au grenier. Avis aux amateurs ! 
La saignée du mâle: on récupère le sang pour faire le boudin.
Attention, il faut le battre régulièrement jusqu'à ce qu'il refroidisse
pour éviter qu'il ne caille.


La saignée de la femelle avec des woofers.
Landelin, spécialiste du massage cardiaque  en tant que volontaire pompier, nous a bien aidés.



Le raclage des derniers poils 




L'animal est fendu (travail délicat) et maintenant prêt à attendre
un ou deux jours avant d'être découpé












La découpe du cochon et le découennage, aidés de cousins voisins qui avaient pratiqué cela dans le temps...


Et maintenant, la cuisine! Jean-Emmanuel au poste hachoir.
Le remplissage des bocaux de pâté de foie, avec une feuille de laurier sur le dessus bien sûr!

Marylène en pleine action. Elle a initié Claire à la cuisine du cochon selon sa manière de faire (il y en a tant), merci à elle! 
Ce qui a permis, pour le deuxième cochon, d'inviter des amies ainsi qu'une restauratrice que nous fournissons en légumes et qui était très intéressée de venir patouiller avec nous...

Et voilà les boudins, tout juste sortis de leur bouillon. Pas si facile que cela à réussir!

Et pour finir, après toute une journée de cuisine, il reste le jambon à préparer, tandis que des bocaux de pâté attendent d'être stérilisés.  





Le cochon ne doit pas nous faire oublier notre récolte de sarrasin (voir le blog précédent), toujours stockée telle quelle dans un grand big bag. Pour le rendre propre à moudre, il faut d’abord le tamiser dans une grande machine qui sépare les impuretés (cailloux, grains de maïs restés dans la moissonneuse batteuse etc…) du grain lui-même. Jean-Emmanuel s’est rendu pour cela chez Guy, un agriculteur ami qui nous avait déjà vendu sa semence de sarrasin. 
La machine à trier le grain chez Guy

Ensuite, il y a eu la question du moulin. Faire moudre de si petites quantités s’avère compliqué. De plus, nous voulions pouvoir moudre nous-mêmes au fur et à mesure des besoins car la farine ne se conserve pas si longtemps. Autant de raisons qui nous ont poussés à investir dans un moulin domestique, qui a cependant l’inconvénient d’être vendu sans tamis. Nous ne pouvons donc obtenir que de la farine complète, mais très fine nous a assurés le vendeur. Pour le moment, nous en sommes encore au stade de l’expérimentation, mais nous préparons déjà nos propres galettes de sarrasin, c’est assez sympathique ! Quand nous maîtriserons bien le processus, nous pourrons mettre des paquets de farine à la vente. 



Dès le mois de février, vous avez dû également vous en rendre compte, la nature s’est réveillée avec un temps printanier très précoce. Le signal pour se remettre sérieusement au jardin et préparer la nouvelle saison. 
Le gros du travail dans un premier temps a été de reprendre les buttes et plates-bandes de ce que nous appelons le « parcours » (bien mal nommé cependant, car nous avons renoncé pour le moment à en faire un parcours cueillette). 
Il s’est agi de consolider certaines parties affaiblies ou affaissées et surtout d’étager les surfaces avec des planchettes pour favoriser l’effet « pied de butte ». En observant le jardin, Jean-Emmanuel a constaté que les plantes poussent mieux au pied des buttes car elles bénéficient de la réserve d’humidité de la butte. On peut observer cela au pied des murs également. Il essaye donc d’optimiser au maximum ces espaces au sol et d’étendre cet effet sur les buttes elles-mêmes en créant des étagements. Les espaces situés au pied des planchettes recueillent l’humidité de la « terrasse » du dessus.
Le travail d'étagement des buttes. A côté, une brouette pleine de fraisiers prêts à être repiqués. 

Voilà le travail fini.

De même, l’idée a germé cette année de rajouter un espace de culture au pied des buttes en y accolant une ligne de planchettes et en comblant l’interstice avec de la terre : autant avoir de beaux fraisiers plutôt que de piétiner cet espace si précieux !
Ce travail sur les buttes a été assez long, et Jean-Emmanuel a été heureusement aidé par plusieurs woofers qui se sont succédés : merci à Landelin, François, Johan, Jean. Il a été accompagné de tout un travail de désherbage et de repiquage des fraisiers qui se sont multipliés depuis trois ans. Il faut enlever les vieux pieds et transplanter ailleurs les jeunes plants de l’année. Tout le parcours est maintenant recouvert de fraisiers ! 
Une innovation cette année a été d’implanter des fraisiers dans le flanc de la butte ronde en y creusant des petits trous pour qu’ils bénéficient de la réserve d’humidité de cette grosse butte. Une expérience inspirée par une autre observation de Jean-Emmanuel : les pousses de mâches les plus belles étaient celles qui avaient réussi à sortir la tête entre deux planches du palissage de la butte. Si cela marche pour la mâche, pourquoi pas pour les fraisiers ? 
On optimise la butte au maximum! Dessus, sur le côté, au pied!


Tout au long du mois de mars, nous avons fait les premiers semis et plantations des légumes qui ne craignent pas le gel : les petits pois et les fèves entre les arbres du verger, les oignons et les pommes de terre dans les lignes de broyat du champ en agroforesterie, entre les arbres plantés l’hiver dernier. C’est rapide à écrire, mais beaucoup moins à réaliser ! C’est typiquement le genre de travail qu’il ne faut pas réaliser seul ou à deux, mais pour lequel nous faisons appel à une aide extérieure. Ainsi, nous avons semé les petits pois et fèves avec Jean, le woofer qui est chez nous de début mars à fin juin, ainsi que Sylvain, le maraîcher et ami avec qui nous collaborons de plus en plus, qui avait apporté son semoir pour l’occasion. 
Préparation de la plate-bande en vue de semer les petits pois dans le verger, aidés de Sylvain et Jean.

Avec Sylvain et sa femme Charlotte, nous avons mis en place un système d’entraide régulier tous les mardis : ce jour-là, une semaine sur deux, l’un vient avec ses enfants chez l’autre pour travailler. Selon le cas, Charlotte ou Claire garde les enfants pendant que les hommes travaillent. Cela permet ainsi à l’autre femme restée chez elle d’avoir une journée libre pour faire tout ce qu’elle n’arrive pas à faire habituellement. Ecrire le blog par exemple ! Un autre couple se joint maintenant à notre petite organisation. Avec les woofers que chacun peut héberger chez lui, cela permet de s’entraider sur des travaux qu’on est bien contents de liquider en une journée grâce à une main-d’œuvre nombreuse. Nous sommes très satisfaits de ce système, à la fois pour l’émulation et la motivation qu’il suscite, mais aussi sur le plan de l’amitié. Bruno et Augustin y trouvent aussi leur compte en voyant régulièrement la petite Anaya. 
Anaya et Bruno. Sont-y pas mignons?

Pour les pommes de terre, plantées sous broyat, nous avons eu l’aide d’un couple d’amis dont nous avons fait la connaissance à l’automne dernier, Bertrand et Cécile, très volontaires pour nous donner des coups de main de temps en temps. Merci à eux ! 
Semis des pommes de terre sous broyat dans le grand champ en agroforesterie
Quant aux oignons, nous avons profité d’une semaine où nous avions deux woofers, Jean et Johan, ainsi que le frère de Jean-Emmanuel, Philippe, de passage à la Roussie. 
Semis des oignons (sous forme de bulbilles)


Avant de faire les premiers semis, il a cependant fallu faire un « plan de culture », et pour cela réfléchir à ce qu’on met, où, sur quel métrage etc… Chose que nous n’avions jamais vraiment fait jusque là ! C’est qu’on essaye de s’organiser de plus en plus. Cette réflexion, au bureau et sur le terrain, menée à deux, nous a tout de même pris du temps. Pour décider des emplacements, il faut tenir compte de la nature du terrain, de l’orientation, de la période de pousse pour pouvoir se faire succéder certaines plantations, et surtout de la nécessaire rotation des cultures. Nécessaire en particulier pour les pommes de terre, dont les prédateurs favoris, les doryphores, n’attendent qu’une seule chose : resurgir de la terre pour dévorer les feuilles ! Nous avons donc planté les pommes de terre plus loin, dans la deuxième partie du champ en agroforesterie, là où notre voisin Joël venait de transporter et mettre en ligne le broyat (cf notre partenariat avec la déchetterie de Confolens qui apporte régulièrement et broie deux fois par an sur une plateforme proche de chez nous les déchets verts de la ville). 

A cette période de l’année, il fallait maintenant se préoccuper de trouver une solution pour lester les différentes bâches et voiles dont nous allions avoir besoin. Mettre des briques ou des pierres ? Non, elles risqueraient de déchirer les voiles. Des pneus de voiture ? Assez moyen comme solution, et il en faudrait vraiment beaucoup. Jean-Emmanuel a finalement opté pour des boudins de lestage remplis de sable. Une fois l’idée trouvée, il reste à se procurer les bons sacs, à se faire livrer deux bons godets de sable de la rivière du Clain (qui coule tout près de chez nous) par notre voisin Joël, et à concevoir une structure pour remplir facilement les boudins. Jean-Emmanuel y a réfléchi avec son père qui a ensuite construit la trémie en récupérant un grand entonnoir laissé par nos prédécesseurs. Voilà le résultat : 
Jean est juché en haut pour faire couler le sable dans l'entonnoir, tandis que  Jean-Emmanuel récupère le sable dans un boudin
Une fois la chose faite, il restait à lester les voiles placés sur les semis de petits pois pour accélérer la pousse. 

Côté travaux, une toute petite avancée à l’étage avec le montage de quelques cloisons en laine de bois rigide et le déplâtrage des murs de l’ancienne chambre. Merci à Landelin et François qui s’y sont collés, le nez dans la poussière ! 

Nos garçons grandissent toujours bien, occupés tantôt à cuisiner, jouer ou bricoler avec Maman, à jouer dans le bac à sable, à jardiner avec les woofers, à regarder ou bricoler avec Papa, ou gardés par Mamita, la maman de Jean-Emmanuel, à quelques encablures de là. En tous cas, ils ne s’ennuient pas !

Et ils ne perdent rien pour attendre un nouveau compagnon de jeu, encore bien au chaud dans le ventre de sa maman jusqu’à octobre prochain si tout va bien.

A bientôt pour vous raconter le printemps à la Roussie !