vendredi 24 avril 2020

Hiver 2019-20


Quel hiver! Non pas que nous ayons croulé sous les flocons de neige ou que la terre ait gelé à pierre fendre... Bien au contraire, un nouveau record de douceur et une pluviométrie exceptionnelle ont plutôt marqué ces derniers mois. Tandis qu’en ce début de printemps, nous sommes passés en deux jours d’un temps estival (nous avions trop chaud en déjeunant dehors au soleil) à un vrai temps d’hiver, avec quelques flocons de neige et un vent du Nord assez réfrigérant. Allez comprendre!

Ceci étant dit, cela ne nous a pas empêché de faire ce que nous avions à faire !
Au retour des vacances de Noël en région parisienne, nous nous sommes remis doucement au travail de comptabilité, de bilan financier et technique de l’année passée. Je dis bien doucement, car depuis six ans que nous sommes ici, nous commençons à bien prendre le rythme de la campagne et de la nature et à ne plus avoir de scrupules à être plus au ralenti en hiver avant d’augmenter progressivement la cadence vers février-mars. Et c’est tellement bon ainsi! 

Cette parenthèse refermée, nous pouvons dire que l’année passée est à la fois encourageante car notre chiffre d’affaires a augmenté, mais elle nous montre aussi que nous sommes encore en période d’investissement et donc le bénéfice est assez maigre.… C’est ainsi, c’est le moment pour nous de persévérer plutôt que de se décourager.

En février, nous nous sommes rendus à un week-end qui rassemble chaque année les membres d’une association de paysans chrétiens, Les journées Paysannes, au cours desquelles on nous a demandé de donner un témoignage sur notre expérience d’installation à la campagne. Cela a été l’occasion pour nous de faire une rétrospective des cinq–six années passées: oui, le défi est grand, la tâche est rude mais ô combien nous ne regrettons pas notre choix. Nous avons pu témoigner aussi que le Seigneur avait toujours été au rendez-vous pour nous apporter l’aide dont nous avions besoin par personne interposée.


Alors, finalement qu’avons-nous fait cet hiver ?
Selon le temps qu’il a fait, Jean-Emmanuel, aidé de woofers, a profité de l’hiver pour effectuer des travaux d’élagage et de rangement de la grange. Merci Micha, Ambroise et Margaux !

Une bonne partie du mois de février et le début du mois de mars a été occupé par le travail sur les fraisiers et la préparation des plates-bandes du « parcours ». Il s’agissait d’enlever les anciens fraisiers, de remettre à niveau la butte en remettant de la bonne terre quand c’était nécessaire,  replanter les stolons de l’année passée et enfin semer les oignons blancs qui s’accordent assez bien avec les fraises. Pour la terre, nous avons utilisé celle de la butte en octogone dont c’était la vocation première (voir le blog du printemps 2019).



En tout, pas loin de 2000 fraisiers ont ainsi été repiqués, un vrai travail de Romain ! Nous devons pour cela louer en particulier l’endurance de Jorge, un woofer qui est tombé pile à la période de ce travail mais qui ne s’est pas découragé ! C’est cela aussi le travail de la terre, des tâches parfois répétitives mais nécessaires. D’un point de vue du calendrier, il aurait été préférable de faire ce travail au mois d’août : c’est mieux pour les fraisiers et cela ne prend pas sur le temps précieux du mois de février ou il faut commencer à préparer les plates-bandes. Mais à la fin de l’été nous sommes encore dans les récoltes, les ventes, le début des  transformations, et quand nous pouvons dans les travaux. Dur dur de faire des choix !



Mi-février, nos poules se sont remises à pondre, les trois en même temps. Quelle joie! Sauf que le lendemain, il n’y avait plus que deux œufs dans le poulailler, idem les 15 jours qui ont suivi. Jusqu’au jour où Jean-Emmanuel, jetant par hasard un œil aux bottes de paille sous l'auvent derrière la maison, découvre le pot aux roses, ou plutôt la réserve d’œufs de la troisième poule rebelle qui s’échappait tous les jours pour pondre dans son petit coin. Une belle surprise!



Maintenant que nous avons une serre, nous avons pu faire des semis, encore modestes, de radis, navets, betteraves, choux, petits pois. Les épinards plantés en décembre ont pas mal poussé et nous avons pu faire les premières récoltes fin février début mars.



L’hiver est aussi le temps de faire des greffes d’arbres fruitiers et des boutures: nous avons ainsi greffé des pommiers avec l’homme au chevreuil (voir blog précédent) venu gracieusement chez nous pour l’occasion, et essayé des boutures de mûriers et de vigne. Nous verrons bien le résultat. Jean-Emmanuel a fabriqué de l’eau de saule pour stimuler la croissance des boutures. Cette eau peut aussi servir pour aider la pousse des jeunes plants.



Au début du mois de mars, il était grand temps de s’attaquer au verger. Armés de crocs et de râteaux, il a d’abord fallu remettre au propre les plates-bandes entre les arbres, c’était le plus long, avant de semer petits pois et fèves. Dernière opération et non la moindre: le paillage pour éviter la pousse des herbes indésirables et maintenir l’humidité du sol.
 

Petits et grands chantiers ont ponctué cet hiver.
Pour commencer par le plus modeste, nous avons dû défaire notre spirale aromatique. Elle avait pour seul défaut d’être mal placée, juste devant le rangement du bois de chauffage. Claire, dépitée de cette nécessité, a proposé de la remonter de façon à faire l’angle de notre terrasse d’été devant la cuisine. Même pas peur des murets en pierres, elle avait vu faire son père et ses frères dans leur maison de Ricoux et y avait même un peu touché… Ambroise et Jorge lui ont ensuite prêté main forte. Voilà les résultat:



Ensuite, avant de se lancer dans l’agrandissement des serres, il fallait faire une modification à la serre de première génération: la prolonger d’une mètre à l’arrière de façon à permettre le passage d’une travée à l’autre sans pour autant ressortir par l’avant et mieux isoler le fond de la serre exposé au nord. Jean-Emmanuel s’y est attelé avec son père, qui n’a pu malheureusement finir le chantier à cause d’un problème à la hanche.



Mais le plus gros chantier, en tous cas au sens de remue-ménage, a été l’agrandissement de la marre aux saules (dans le verger). Nous vous avions parlé de nos problèmes d’eau l’été. Après mûre réflexion, nous avons opté pour agrandir nos réserves d’eau existantes plutôt que d’entreprendre un forage, qui nous semblait plus coûteux et hasardeux en terme de résultat. Pendant deux jours nous avons entendu gronder la grosse Bertha des temps modernes, une pelleteuse 24 tonnes qui a non seulement prolongé et approfondi la marre, mais, à notre demande, a aussi remis a plat la zone dite des Vieilles Buttes. C’est là où Jean-Emmanuel avait effectué ses toutes premières buttes, plus ou moins abandonnées depuis la construction des buttes du parcours. Une petite larme tout de même. Mais c’était nécessaire pour récupérer un terrain précieux car proche de la maison et assez fertile.



En terme de commercialisation, il n’y a pas de grande nouveauté. Nos bocaux se vendent assez bien au magasin de producteurs de Poitiers. En signant le contrat, nous nous sommes engagés à effectuer deux animations par an dans le magasin. C’est ainsi que nous y sommes allés présenter et faire goûter nos produits un samedi matin. C’était très intéressant de passer trois heures sur place pour nous rendre compte un petit peu du type de clientèle, de la fréquentation, de ce qui s’y vend par ailleurs etc... Nous proposions des verres de soupe chaude, ou bien des petites bouchées de pain avec de la sauce tomate et du caviar d’aubergines. Nous avons un peu hésité au début sur la stratégie à adopter : ne pas brusquer le client et attendre sagement derrière notre comptoir ou bien aller à leur rencontre un plateau à la main. C’est bien ce qu’a fini par faire Jean-Emmanuel et dans l’ensemble, nos produits ont reçu un bon accueil.



Côté cuisine, quelques essais: la pompe aux grattons, une spécialité bourbonnaise découverte en passant par l’Allier l’été dernier. En réalité, Claire se souvenait de cette drôle de brioche servie lors du mariage de son frère Michel qui avait eu lieu dans la région. Les grattons sont les résidus de porc qui restent quand on a fait fondre la graisse de cochon pour fabriquer le saindoux. Or nous en avions plusieurs bocaux auxquels nous n’avions toujours pas touché, ne sachant qu’en faire. Une fois de plus l’occasion a fait le larron... sans regret!



Sinon nous nous sommes lancés dans le pesto de feuilles de capucine. Rendons cependant  à Margaux ce qui est à Margaux! L’idée vient en effet de cette naturopathe qui a fait un séjour en Woofing chez nous et a tenté cette version du pesto qui nous a beaucoup plu. Il faut dire que nous ne manquons pas de matière première. Les capucines plantées sous la serre au printemps dernier, après avoir végété tout l’été, ont pris leur essor de façon assez inattendue durant l’automne et l'hiver, quand les autres plantes, les tomates en particulier, ont laissé la place. Nous vous recommandons cette recette, surtout en ces temps de pandémie... la capucine permet, paraît-il, entre autres vertus, de renforcer le système immunitaire et de lutter contre la grippe et le rhume.



Quelques vues de notre vie familiale pour finir. Les enfants sont en pleine forme!