jeudi 2 mai 2019

Hiver 2018-2019

Une fois n’est pas coutume, nous commençons ce blog en vous parlant de vacances ! Nous vous avions quittés sur nos ventes de décembre à Nantes et en région parisienne. Noël est arrivé ensuite bien vite avec la joie des retrouvailles familiales d’un côté et de l’autre, nous faisant voyager un peu en France. En rentrant, il a fallu nous reposer de nos vacances et de l’année entière écoulée ! 

Le mois de janvier est le vrai mois creux des maraîchers. Non que nous ayons hiberné tout le mois, mais nous pouvions effectuer ce que nous avions à faire tranquillement, sans objectif à court terme. Nous avons fait les bilans productifs et financiers de 2018 ainsi que la comptabilité, aidés dans ces taches par le père de Jean-Emmanuel. 
Pour nous, le bilan s’avère mitigé : si le chiffre d’affaire a certes augmenté, le rapport entre la quantité de travail fourni et le bénéfice obtenu est encore très inégal. La question qui se pose est la suivante : ce décalage est-il normal pour une deuxième année de vente d’une ferme encore en période d’investissement, ou bien faut-il repenser certains choix de production, de commercialisation etc… ? Nous pouvons poser la question en d’autres termes : est-on capables de faire plus alors que nous avons eu le sentiment d’être « à fond » ? Plusieurs causes nous semblent expliquer ce résultat et nous donnent tout de même de l’espoir : nous forgeons notre expérience petit à petit ; le terrain, peu fertile à l’origine, est encore en cours d’enrichissement ; une clientèle se fidélise sur plusieurs années ; et beaucoup de notre temps est encore pris par des travaux d’aménagement du terrain qui sont un investissement pour l’avenir. D’autre part, en regardant un peu ce qui se passe chez d’autres maraîchers de notre région, nous nous rendons compte qu’ils sont toujours plus ou moins sur la corde raide, même avec de l’expérience. 

Pour illustrer notre propos, voici entre autre ce que l'on trouve sur internet en cherchant "salaire moyen maraîcher":
Ouest France du 18/12/2015
Le mois de janvier est donc le temps de la réflexion sur les orientations à prendre, tant que nous n’avons pas encore le nez dans le guidon. Pour l’année qui s’ouvre, rien de révolutionnaire, mais quelques perspectives : pour optimiser la production, l’installation de serres "maison" (nous vous en reparlerons dans le blog suivant), la poursuite des étagements sur les buttes, et, pour optimiser la confection des bocaux, le recours plus systématique à des laboratoires de transformation équipés en machines adaptées. 


Avant la reprise véritable du travail dans le jardin, quelques autres taches nous ont occupés. 
La poursuite et l’achèvement de la clôture autour de la grande parcelle et du verger pour protéger les arbres plantés des chevreuils.
Le dressage d’Oseille, reprise en main par Jean-Emmanuel. Depuis qu’elle était arrivée chez nous à la fin du mois d’août, notre jeune chienne était restée à moitié sauvage, laissée la plupart du temps en liberté et exempte de tout exercice, et ce par manque de disponibilité de son maître en cette période très chargée de l’automne, et il faut le dire aussi, par ignorance de la chose canine. Oseille grandissait donc en taille, mais pas en sagesse et, partant de plus en plus loin de la ferme pour de grandes promenades, nous ne savions pas très bien ce qu’elle allait faire. Jusqu’au jour où nous apprîmes que les moutons de nos voisins de la Roussie s’étaient échappés et semaient la zizanie chez les vaches de l’autre ferme voisine…à cause de notre chienne ! Du jour au lendemain, adieu la liberté, place aux exercices de dressage quotidiens pour lui apprendre à obéir à des ordres simples. Nous avons la chance d’avoir près de chez nous un Anglais à la retraite spécialisé dans le dressage des chiens, et des border collie en particulier. Jean-Emmanuel est allé le voir pour obtenir des conseils très précieux. Oseille apprend très rapidement et se montre maintenant docile et obéissante. Quel changement !



Fin janvier et début février, nous avons dit adieu à nos deux cochons (un an d’âge), à trois semaines d’intervalle. C’est traditionnellement la période où l’on tuait le cochon dans les fermes car les travaux extérieurs se ralentissent à ce moment-là et le froid permet de faire attendre la viande dehors entre le vidage et le découpage de la bête, sans avoir nécessairement de chambre froide. Nous nous sommes lancés dans l’aventure - car c’en est une, totalement novices, mais forts de l’aide de gens expérimentés, ou  un peu moins d’ailleurs...
Pour la première étape, la mise à mort (par balle et non par égorgement), la saignée, le raclage des poils et le vidage, nous avons fini, grâce à un ami, par trouver un ancien boucher et chasseur prêt à nous rendre ce service. Tuer un cochon qu’on a élevé pendant de longs mois, c’est bien cruel nous direz-vous… Il paraît qu’autrefois on évitait de donner un nom aux porcs et on commençait à dire vers la fin de leurs jours qu’ils sentaient mauvais, qu’ils étaient agressifs et autres griefs pour les tuer plus facilement ensuite. Pour Jean-Emmanuel, il n’y a pas eu besoin de tout ce rituel car le premier à partir était le mâle, plus rebelle et difficile que sa sœur, qui le faisait tourner en bourrique au point que nous étions soulagés de nous en débarrasser ! Contrairement aux idées reçues qui pourraient traîner, rien de dégoûtant ni de traumatisant dans tout le travail qui entoure la préparation du cochon. Au contraire, nous avons trouvé cela beau et naturel. 
Voici les principales étapes en photos. Un grand merci à tous ceux qui nous ont aidés à préparer ces deux cochons, cette entraide fait aussi partie de la joie de « tuer le cochon ». Et cette joie se prolonge et se partage chaque fois que nous dégustons une pièce de viande, un pâté, une terrine ou bientôt le jambon qui sèche gentiment au grenier. Avis aux amateurs ! 
La saignée du mâle: on récupère le sang pour faire le boudin.
Attention, il faut le battre régulièrement jusqu'à ce qu'il refroidisse
pour éviter qu'il ne caille.


La saignée de la femelle avec des woofers.
Landelin, spécialiste du massage cardiaque  en tant que volontaire pompier, nous a bien aidés.



Le raclage des derniers poils 




L'animal est fendu (travail délicat) et maintenant prêt à attendre
un ou deux jours avant d'être découpé












La découpe du cochon et le découennage, aidés de cousins voisins qui avaient pratiqué cela dans le temps...


Et maintenant, la cuisine! Jean-Emmanuel au poste hachoir.
Le remplissage des bocaux de pâté de foie, avec une feuille de laurier sur le dessus bien sûr!

Marylène en pleine action. Elle a initié Claire à la cuisine du cochon selon sa manière de faire (il y en a tant), merci à elle! 
Ce qui a permis, pour le deuxième cochon, d'inviter des amies ainsi qu'une restauratrice que nous fournissons en légumes et qui était très intéressée de venir patouiller avec nous...

Et voilà les boudins, tout juste sortis de leur bouillon. Pas si facile que cela à réussir!

Et pour finir, après toute une journée de cuisine, il reste le jambon à préparer, tandis que des bocaux de pâté attendent d'être stérilisés.  





Le cochon ne doit pas nous faire oublier notre récolte de sarrasin (voir le blog précédent), toujours stockée telle quelle dans un grand big bag. Pour le rendre propre à moudre, il faut d’abord le tamiser dans une grande machine qui sépare les impuretés (cailloux, grains de maïs restés dans la moissonneuse batteuse etc…) du grain lui-même. Jean-Emmanuel s’est rendu pour cela chez Guy, un agriculteur ami qui nous avait déjà vendu sa semence de sarrasin. 
La machine à trier le grain chez Guy

Ensuite, il y a eu la question du moulin. Faire moudre de si petites quantités s’avère compliqué. De plus, nous voulions pouvoir moudre nous-mêmes au fur et à mesure des besoins car la farine ne se conserve pas si longtemps. Autant de raisons qui nous ont poussés à investir dans un moulin domestique, qui a cependant l’inconvénient d’être vendu sans tamis. Nous ne pouvons donc obtenir que de la farine complète, mais très fine nous a assurés le vendeur. Pour le moment, nous en sommes encore au stade de l’expérimentation, mais nous préparons déjà nos propres galettes de sarrasin, c’est assez sympathique ! Quand nous maîtriserons bien le processus, nous pourrons mettre des paquets de farine à la vente. 



Dès le mois de février, vous avez dû également vous en rendre compte, la nature s’est réveillée avec un temps printanier très précoce. Le signal pour se remettre sérieusement au jardin et préparer la nouvelle saison. 
Le gros du travail dans un premier temps a été de reprendre les buttes et plates-bandes de ce que nous appelons le « parcours » (bien mal nommé cependant, car nous avons renoncé pour le moment à en faire un parcours cueillette). 
Il s’est agi de consolider certaines parties affaiblies ou affaissées et surtout d’étager les surfaces avec des planchettes pour favoriser l’effet « pied de butte ». En observant le jardin, Jean-Emmanuel a constaté que les plantes poussent mieux au pied des buttes car elles bénéficient de la réserve d’humidité de la butte. On peut observer cela au pied des murs également. Il essaye donc d’optimiser au maximum ces espaces au sol et d’étendre cet effet sur les buttes elles-mêmes en créant des étagements. Les espaces situés au pied des planchettes recueillent l’humidité de la « terrasse » du dessus.
Le travail d'étagement des buttes. A côté, une brouette pleine de fraisiers prêts à être repiqués. 

Voilà le travail fini.

De même, l’idée a germé cette année de rajouter un espace de culture au pied des buttes en y accolant une ligne de planchettes et en comblant l’interstice avec de la terre : autant avoir de beaux fraisiers plutôt que de piétiner cet espace si précieux !
Ce travail sur les buttes a été assez long, et Jean-Emmanuel a été heureusement aidé par plusieurs woofers qui se sont succédés : merci à Landelin, François, Johan, Jean. Il a été accompagné de tout un travail de désherbage et de repiquage des fraisiers qui se sont multipliés depuis trois ans. Il faut enlever les vieux pieds et transplanter ailleurs les jeunes plants de l’année. Tout le parcours est maintenant recouvert de fraisiers ! 
Une innovation cette année a été d’implanter des fraisiers dans le flanc de la butte ronde en y creusant des petits trous pour qu’ils bénéficient de la réserve d’humidité de cette grosse butte. Une expérience inspirée par une autre observation de Jean-Emmanuel : les pousses de mâches les plus belles étaient celles qui avaient réussi à sortir la tête entre deux planches du palissage de la butte. Si cela marche pour la mâche, pourquoi pas pour les fraisiers ? 
On optimise la butte au maximum! Dessus, sur le côté, au pied!


Tout au long du mois de mars, nous avons fait les premiers semis et plantations des légumes qui ne craignent pas le gel : les petits pois et les fèves entre les arbres du verger, les oignons et les pommes de terre dans les lignes de broyat du champ en agroforesterie, entre les arbres plantés l’hiver dernier. C’est rapide à écrire, mais beaucoup moins à réaliser ! C’est typiquement le genre de travail qu’il ne faut pas réaliser seul ou à deux, mais pour lequel nous faisons appel à une aide extérieure. Ainsi, nous avons semé les petits pois et fèves avec Jean, le woofer qui est chez nous de début mars à fin juin, ainsi que Sylvain, le maraîcher et ami avec qui nous collaborons de plus en plus, qui avait apporté son semoir pour l’occasion. 
Préparation de la plate-bande en vue de semer les petits pois dans le verger, aidés de Sylvain et Jean.

Avec Sylvain et sa femme Charlotte, nous avons mis en place un système d’entraide régulier tous les mardis : ce jour-là, une semaine sur deux, l’un vient avec ses enfants chez l’autre pour travailler. Selon le cas, Charlotte ou Claire garde les enfants pendant que les hommes travaillent. Cela permet ainsi à l’autre femme restée chez elle d’avoir une journée libre pour faire tout ce qu’elle n’arrive pas à faire habituellement. Ecrire le blog par exemple ! Un autre couple se joint maintenant à notre petite organisation. Avec les woofers que chacun peut héberger chez lui, cela permet de s’entraider sur des travaux qu’on est bien contents de liquider en une journée grâce à une main-d’œuvre nombreuse. Nous sommes très satisfaits de ce système, à la fois pour l’émulation et la motivation qu’il suscite, mais aussi sur le plan de l’amitié. Bruno et Augustin y trouvent aussi leur compte en voyant régulièrement la petite Anaya. 
Anaya et Bruno. Sont-y pas mignons?

Pour les pommes de terre, plantées sous broyat, nous avons eu l’aide d’un couple d’amis dont nous avons fait la connaissance à l’automne dernier, Bertrand et Cécile, très volontaires pour nous donner des coups de main de temps en temps. Merci à eux ! 
Semis des pommes de terre sous broyat dans le grand champ en agroforesterie
Quant aux oignons, nous avons profité d’une semaine où nous avions deux woofers, Jean et Johan, ainsi que le frère de Jean-Emmanuel, Philippe, de passage à la Roussie. 
Semis des oignons (sous forme de bulbilles)


Avant de faire les premiers semis, il a cependant fallu faire un « plan de culture », et pour cela réfléchir à ce qu’on met, où, sur quel métrage etc… Chose que nous n’avions jamais vraiment fait jusque là ! C’est qu’on essaye de s’organiser de plus en plus. Cette réflexion, au bureau et sur le terrain, menée à deux, nous a tout de même pris du temps. Pour décider des emplacements, il faut tenir compte de la nature du terrain, de l’orientation, de la période de pousse pour pouvoir se faire succéder certaines plantations, et surtout de la nécessaire rotation des cultures. Nécessaire en particulier pour les pommes de terre, dont les prédateurs favoris, les doryphores, n’attendent qu’une seule chose : resurgir de la terre pour dévorer les feuilles ! Nous avons donc planté les pommes de terre plus loin, dans la deuxième partie du champ en agroforesterie, là où notre voisin Joël venait de transporter et mettre en ligne le broyat (cf notre partenariat avec la déchetterie de Confolens qui apporte régulièrement et broie deux fois par an sur une plateforme proche de chez nous les déchets verts de la ville). 

A cette période de l’année, il fallait maintenant se préoccuper de trouver une solution pour lester les différentes bâches et voiles dont nous allions avoir besoin. Mettre des briques ou des pierres ? Non, elles risqueraient de déchirer les voiles. Des pneus de voiture ? Assez moyen comme solution, et il en faudrait vraiment beaucoup. Jean-Emmanuel a finalement opté pour des boudins de lestage remplis de sable. Une fois l’idée trouvée, il reste à se procurer les bons sacs, à se faire livrer deux bons godets de sable de la rivière du Clain (qui coule tout près de chez nous) par notre voisin Joël, et à concevoir une structure pour remplir facilement les boudins. Jean-Emmanuel y a réfléchi avec son père qui a ensuite construit la trémie en récupérant un grand entonnoir laissé par nos prédécesseurs. Voilà le résultat : 
Jean est juché en haut pour faire couler le sable dans l'entonnoir, tandis que  Jean-Emmanuel récupère le sable dans un boudin
Une fois la chose faite, il restait à lester les voiles placés sur les semis de petits pois pour accélérer la pousse. 

Côté travaux, une toute petite avancée à l’étage avec le montage de quelques cloisons en laine de bois rigide et le déplâtrage des murs de l’ancienne chambre. Merci à Landelin et François qui s’y sont collés, le nez dans la poussière ! 

Nos garçons grandissent toujours bien, occupés tantôt à cuisiner, jouer ou bricoler avec Maman, à jouer dans le bac à sable, à jardiner avec les woofers, à regarder ou bricoler avec Papa, ou gardés par Mamita, la maman de Jean-Emmanuel, à quelques encablures de là. En tous cas, ils ne s’ennuient pas !

Et ils ne perdent rien pour attendre un nouveau compagnon de jeu, encore bien au chaud dans le ventre de sa maman jusqu’à octobre prochain si tout va bien.

A bientôt pour vous raconter le printemps à la Roussie !

vendredi 1 février 2019

 Automne 2018



L’automne, plus encore que l’été, est pour nous une saison merveilleuse par l’abondance des récoltes, juste avant que la nature ne rentre dans une longue période de repos. Une sorte de chant du cygne… Mais c’est par contrecoup une période très exigeante car nos clients réguliers n’étant plus là, il nous faut transformer tous nos légumes, nous vous en avons parlé dans le dernier article. Nous avons été ainsi sur le pont jusqu’à fin novembre environ. 

Mathilde tournant la pâte de coing. Attention, il ne faut pas s'arrêter, gare aux éclaboussures brûlantes!


Les poivrons, très longs à venir et à prendre leur couleur définitive (rouge ou jaune), ont donné leur pleine mesure juste avant les premières gelées, fin septembre et début octobre. Et nous avons découvert avec satisfaction que lorsque nous les cueillons encore verts, ils finissent de mûrir doucement dans un endroit bien sec. Nous n’avons donc jamais eu autant de poivrons qu’en cette toute fin de saison. Cela nous encourage à en produire plus, c’était encore modeste cette année, et surtout à les planter plus tôt en saison pour en profiter davantage. 



Fin septembre, le temps de la récolte des courges également. Aidés par Dady au volant du C25, nous progressons petit à petit dans le verger entre les arbres fruitiers pour y ramasser les potirons, bleues de Hongrie, Butternuts, potimarrons, puis allons compléter la récolte sur un autre site où nous avions fait des essais de courges plus originales : galeuse d’Eysine, Marina di Chioggia, courges Spaghetti, potiron vert olive etc… Par rapport à la quantité de graines semées, le résultat est assez décevant, mais la récolte est belle tout de même !! Nous réalisons, mieux vaut tard que jamais, qu’il est préférable de semer moins abondamment et bichonner ensuite les graines et les plants mis en terre, plutôt que de pratiquer la méthode extensive. Cela s’est vérifié également avec les choux que nous avons planté pour certains au fond du verger, sans eau et sans plus d’attention, mais qui n’ont pas du tout aimé la sécheresse. 

La récolte des courges dans le verger, bien sec comme vous pouvez le voir


Bruno, tout fier de rapporter un petit potiron pour le déjeuner

La galeuse d'Eysine, vilaine par l'aspect (et encore), mais pas au goût!


Cet automne, nous avons poursuivi la récolte des pommes, notamment chez des Anglais, propriétaires d’un beau domaine et qui se réjouissaient de voir leurs pommes mises en valeur plutôt que des les regarder pourrir sous les arbres. Merci Johan, Annabel et Colombe, de passage en woofing chez nous, de nous avoir aidés, car il y avait du volume et… la terre est basse ! Nous avons ainsi pu apporter plusieurs centaines de kilos de pommes à un producteur qui les a transformés en jus. 

Entre deux bocaux de sauce tomate, nous nous sommes octroyés une semaine de vacances dans le Cantal début octobre. Les dernières remontaient à Noël précédent. Le temps fut délicieux, les fromages aussi. Les balades et le grand air, enfin un autre grand air car on ne peut pas dire qu’on étouffe à la Roussie, nous ont fait grand bien.

Un petit versant ensoleillé à l'abri du vent pour déjeuner près du Puy Mary.

Oh la belle coulemelle!


Nous avions envie de refaire des soupes cette année, mais avec les petits moyens de notre cuisine, cela s’annonçait compliqué. De plus, nous voulions être absolument sûrs de leur durée de conservation, ce qui nécessite d’utiliser un autoclave, montant à plus de 100°c, et non plus nos simples stérilisateurs. Nous nous sommes donc rendus dans un laboratoire de transformation professionnel qui loue ses locaux et son matériel. En une grosse journée de travail, nous avons produit et stérilisé environ 230 bouteilles de soupe (ortie, tomate et potiron), ce que nous n’aurions jamais pu faire chez nous ! Ce qui nous a fait gagner du temps sont les machines pour éplucher les pommes de terre et les oignons, découper les légumes, ôter les dernières particules (centrifugeuse) et mettre en bouteille. Même si les lieux relèvent plutôt du glauque, tout à la lumière électrique, tapissés de carrelage au sol et de blanc hôpital aux murs, dans une ambiance de tout inox, nous sommes contents de l’expérience, d’autant plus qu’un projet de laboratoire de transformation est à l’étude dans un village voisin. 

On a changé d'échelle par rapport à notre cuisine... Adroite, l'autoclave.

Mettre en bouteille, c'est une affaire sérieuse!


Fin novembre, en même temps que les derniers bocaux, notre champ de sarrasin a enfin été moissonné. Trouver un moissonneur n’a pas été chose facile en cette période de moisson du maïs. D’abord tous les agriculteurs ne possèdent pas de moissonneuse batteuse, ensuite il y a une histoire de coupe adaptée à tel ou tel type de culture. Comme quasiment personne ne fait de sarrasin, les moissonneurs s’occupent d’abord de tout le maïs qu’on leur demande de récolter, et ensuite ils changent leur coupe et viennent chez les petits comme nous. Il a eu doublement chaud, notre sarrasin : il a souffert de la sécheresse de l’été, diminuant nettement le rendement, et il a donc bien failli ne pas être moissonné, car la rentabilité était discutable. Nous avons finalement décidé de le récolter : sur un peu plus de deux hectares, il a donné 500 kilos environ. Cela sera intéressant pour nous seulement si nous parvenons à le vendre en direct sous forme de farine. Reste à trouver un moyen de moudre et une clientèle intéressée (si vous avez des pistes…). 

Suspense... Que va donner la récolte?


 Entre les différentes tâches et au gré  de l’aide reçue, Jean-Emmanuel a enfin pu terminer notre chambre : les murs, la penderie (merci Dady !), le sol. Pour Claire, l’attente a été longue, mais quel beau résultat ! La pièce est très lumineuse, ce qui met en valeur les enduits. L’ameublement n’est pas encore définitif car nous sommes pour le moment obligés d’y installer notre bureau qui devrait déménager dans notre ancienne chambre, présentement occupée par Augustin. L’étape suivante est donc de faire une chambre pour les garçons à l’étage. Jean-Emmanuel et son père ont commencé à s’y atteler. 



Montage des cloisons de la future chambre avec des panneaux de laine de bois.


Un autre changement s’est produit à l’étage : deux yeux de bœuf ont été percés sur la façade ouest : un gros pour la future chambre des enfants et un plus petit pour la future salle de bain. C’est Malori, un maçon qui travaille à l’ancienne, qui a effectué ce travail en taillant lui-même les pierres. Le choix de ce type d’ouverture peut apparaître audacieux, mais les yeux (ou oeils ?) de bœuf sont assez courants dans la région.

Un petit côté oeil du monocle...

Une ouverture sur le sud et une autre sur l'ouest

Avec une vue imprenable sur le jardin!


Dans la cuisine, un petit détail a changé : une étagère pour ranger les caisses de bois a été installée près de la cuisinière à bois, ce qui permet d’avoir toujours du bois sec à portée de main (encore faut-il recharger l’étagère régulièrement…). C’est l’œuvre collective de Jean-Emmanuel et de Camille, un woofer venu avec Mathilde de leurs Pyrénées natales, réalisée avec le bois d’un de nos chênes. Peut-être vous souvenez-vous que nous avions fait venir une scierie mobile pour débiter quelques arbres. 

Un beau travail d'équipe!


Pour finir, le gros morceau de la fin de l’automne a été la préparation puis les ventes de Noël à Nantes et en région parisienne, prévues respectivement tout début et mi-décembre. Outre le travail de communication nécessaire pour ce genre d’événement, nous avons décidé de réaliser cette année un site internet pour présenter proprement nos produits et donner la possibilité de commander en ligne. Jean-Emmanuel s’est attelé à la partie technique sans avoir jamais touché à cela de sa vie, tandis que Claire a « habillé » le site une fois monté. La partie technique a été un véritable parcours du combattant, les obstacles se présentant les uns après les autres. Mais avec de la persévérance nous y sommes arrivés. 

La page d'accueil de notre site


Pour ce qui est des photos des produits, cela n’a pas été simple non plus. Un woofer qui touchait bien à la photo, a bien voulu s’y essayer. Il a eu la bonne idée d’entourer les bocaux des fruits et légumes concernés. Mais pour certains, nous ne les avions plus car la saison était passée. Finalement, nous avons réutilisé plusieurs de ses clichés, mais nous sommes adressés à un ancien photographe résidant à Hiesse pour prendre l’ensemble des produits. Nous sommes très contents du résultat. 


Nous avons tenté cette année de faire une vente à Nantes, une grande ville plus proche que Paris (3 bonnes heures de chez  nous) et où nous avions déjà un embryon de réseau. Des amis que nous avons connus en Charente ont eu la gentillesse d’accueillir la vente chez eux durant deux jours, avec trois autres créatrices nantaises. Malgré une pluie continue le deuxième jour, rien d’étonnant à Nantes paraît-il, nous avons eu tout de même de la visite, avec la joie de revoir des amis de longue date. Nous pensons renouveler l’expérience l’année prochaine en espérant toucher davantage de Nantais pour que ce déplacement en vaille la peine. A la différence des ventes parisiennes, il y a eu peu de commandes, ce qui peut se comprendre vu que la plupart des gens ne nous connaissaient pas. 


Notre étal lors de la vente nantaise


En région parisienne, nous avons changé un peu la formule par rapport à l’an passé : nous avons effectué une seule vente directe en notre présence au même endroit que l’année dernière chez des amis charentais également, et pour le reste, nous avons fonctionné par points relais chez des amis et famille qui voulaient bien faire un peu de pub dans leur réseau et prendre en dépôt les colis commandés. Un grand merci à eux, ils se reconnaîtront ! Nous sommes très contents de notre petit séjour parisien : il nous a permis de revoir les uns et les autres, trop rapidement malheureusement, de confirmer certains clients, de faire la connaissance de nouveaux. Bilan : nous sommes presque revenus à vide, et il nous reste maintenant principalement des soupes et des jus de pommes à écouler. C’est que nous en avions produit beaucoup. 
Pour les deux ventes, nous avons dû confier les enfants sur 3 jours, sauf Augustin qui est venu avec nous en région parisienne. 

On s'amuse bien avec l'accordéon de Maman!


Bruno et Augustin, puisque nous parlons d’eux, grandissent bien. Ils sont vraiment mignons, pleins de joie de vivre et aiment bien être l’un avec l’autre. Ils demandent beaucoup de notre présence encore à leur âge (Bruno va avoir 3 ans en avril et Augustin vient d’avoir 17 mois). Augustin a fait ses premiers pas en novembre tandis que Bruno se révèle être un grand causeur ! 

Augustin

Bruno et Maman, une équipe qui marche pour faire des (petits) gâteaux...

Augustin a l'air assez tenté par le raisin..

Quant à nous, nous soufflons un peu après cette année riche et bien remplie  et profitons de cette période hivernale pour être davantage disponible aux enfants, faire les bilans,  préparer la saison prochaine qui arrive déjà à grands pas !